Damien Thiéry à Matin Première (06/01/2014)



Bertrand Henne reçoit ce lundi le bourgmestre non nommé de Linkebeek Damien Thiéry.

Damien Thiéry qui a récemment quitté les FDF pour rejoindre le MR espère être enfin nommé à la tête de la commune en 2014.

Retranscription de l'entretien :

BH : - Vous étiez le seul élu, vous êtes toujours le seul élu issu de la périphérie à la Chambre et, avec 40% des suffrages à Linkebeek aux élections communales, vous étiez le bourgmestre le plus populaire de Flandre, toujours pas nommé à ce jour. Olivier Maingain a estimé sur cette antenne que votre passage au MR était une volte-face, à ce point et sans pudeur, ça relevait presque de l'inédit. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

DT : - Je comprends la déception de Monsieur Maingain, je pense qu'il a reçu un certain nombre de signaux depuis une bonne année, signalant que je n'étais plus en phase ni avec ses méthodes, ni avec ses déclarations et donc j'ai simplement mis à exécution ce que j'avais laissé sous-entendre depuis un bout de temps. Je pense que Monsieur Maingain a bien souvent deux visages : le premier c'est de dire à l'extérieur " je défends 150.000 francophones de la périphérie ", et par contre à l'intérieur du parti, c'est d'oser dire qu'étant donné qu'il n'y aura ni possibilité d'avoir un siège en Wallonie et étant donné que je ne me présenterai pas il n'y a que 7.000 voix à prendre en périphérie, il faut concentrer sa politique pour les prochaines élections sur Bruxelles. Si ça ce n'est pas lâcher la périphérie ça pose problème.


BH : - Pour vous, Olivier Maingain avait abandonné la périphérie ?

DT : - C'est exactement ce que je viens de dire, si ça ce n'est pas lâcher indirectement la périphérie, ça pose problème. Et moi je suis confronté bien entendu à une gestion communale et donc en tant que patron d'une commune de 5.000 habitants, je dois pouvoir défendre les francophones de ma commune mais également toutes les communes de la périphérie et surtout à facilités et je pense qu'à l'heure actuelle, la seule personne qui défend la position de Bruxelles 25 communes, c'est Didier Reynders et c'est clair que ça a joué dans ma décision.


BH : - Vous avez dit aussi à un moment donné : " Monsieur Maingain a toujours défendu de la meilleure façon qui soit les francophones de la périphérie ", je reprends la phrase, c'était il y a quelques mois, à Télé Bruxelles.

DT : - Oui, c'est exact et donc à partir du moment où ces propos sont dits, il faut voir aussi ce qui a été dit après. Donc, ce que j'ai donné comme information en disant qu'il fallait se concentrer sur Bruxelles et laisser tomber la périphérie et la Wallonie, ça s'est passé après cette émission en question donc en quelque sorte je n'ai jamais mis à exécution qu'une décision qui a été mûrement réfléchie et qui montrait simplement que Monsieur Maingain n'était plus cohérent avec ces propos.


BH : - C'est-à-dire qu'il y a eu un changement de ligne au FDF sur la manière dont la périphérie était considérée ? C'est ça, si j'entends bien ce que vous dites, c'est ça qui s'est passé ?

DT : - C'est clairement ce qui a été dit en interne. Il faut savoir également que normalement, un président de parti devrait d'une part essayer de retrouver ou de trouver l'unité dans son parti pour défendre un projet commun, je constate simplement qu'ici ce n'est plus le cas, il n'y a pas énormément de personnes qui sont pro périphérie au sein des FDF, par contre, jusqu'à un certain moment, le président Maingain l'a été, il ne l'était plus par après.


BH : - Il y a un problème, selon vous, c'est pour ça que vous êtes parti, avec la personnalité d'Olivier Maingain au sein du parti, c'est vrai qu'il est présidente de parti depuis plusieurs années maintenant, c'est le plus long président de parti en exercice côté francophone.

DT : - Oui mais donc, clairement, la réponse est oui, et j'ai donné un signal fort lorsque, lors de la dernière élection à la présidence du parti, j'ai refusé de rempiler un mandat comme vice-président, tout simplement parce que je n'étais plus en ligne avec les propos et les méthodes d'Olivier Maingain. Je pense que le signal était suffisamment fort pour qu'il comprenne, malheureusement ça n'a pas été le cas.


BH : - Morceaux choisis de vos déclarations passées, au moment où vous étiez FDF, avant les élections communales, vous aviez dit notamment : " cette volonté systématique du MR de remettre en cause l'unité des francophones en périphérie en écartant le FDF où c'est possible, montre à quel point le MR ne digère toujours pas la scission avec le FDF ". Cela veut dire qu'à l'époque vous soulignez que le MR divisait les francophones, maintenant vous rejoignez le MR.

DT : - Oui, ce que j'ai surtout dit à l'époque c'est que tous les partis francophones avaient plaidé pour un élargissement de Bruxelles en cas de scission de BHV. Malheureusement, il a fallu constater que ça n'a pas été le cas. Moi, ce que j'ai fait à un certain moment c'est avoir confiance en Olivier Maingain et je me suis simplement rendu compte au fur et à mesure que nous avancions ensemble que nous n'étions plus du tout sur la même longueur d'onde. Je rappelle quand même que quand on regarde le programme qui était proposé pour les élections fédérales en 2010, ce programme a été voté à l'unanimité par les membres du FDF également donc il n'y a par après que sur la problématique communautaire où on aurait pu envisager les choses différemment, Monsieur Maingain a changé sa position, il est normal que je prenne moi mes dispositions et surtout postions également par rapport à cette volte-face de Monsieur Maingain.


BH : - Ce qu'il y a c'est que par rapport à la position des francophones, on va élargir Bruxelles si on scinde BHV, il y eu entre temps une sixième réforme de l'État que vous avez contestée fermement et vous rejoignez maintenant la majorité, le MR en l'occurrence, qui a approuvé il y a quelques semaines au Parlement la réforme de l'État, ça veut dire que vous reniez vos convictions passées ? Les critiques que vous avez faites, vous revenez dessus ?

DT : - Si vous dites " vous reniez " quelque part vous me faites un procès d'intention, j'espère que ce n'est pas le cas.


BH : - Non mais je vous pose la question, est-ce que vous êtes toujours d'accord avec ce que vous avez dit et votre constat sur la réforme de l'État et vous avez eu plusieurs déclarations en disant que c'était un abandon de poste, en disant qu'on abandonnait les francophones de la périphérie, qu'il n'y avait pas de pacification communautaire, tout ça ce sont des déclarations que vous avez faites.

DT : - Je pense à un certain moment qu'il faut constater ce que nous avons actuellement entre les mains. BHV est scindé, c'est un fait. Et le gros souci que nous avons entre autres au FDF, que nous avions, c'était qu'on pense toujours ou on pensait toujours qu'il y avait moyen de revenir en arrière. À l'inverse, je pense au contraire qu'il faut aller de l'avant avec cette sixième réforme de l'État, qu'on le veuille ou non BHV est scindé et le restera et donc là où il y a moyen de sauver les meubles et certainement en périphérie comme d'ailleurs ça a été le cas en partie dans cette sixième réforme de l'État, on oublie parfois les avancées qu'on a dans les communes sans facilités où les gens vont pouvoir se défendre dans leur langue lorsqu'ils devront se présenter au tribunal.


BH : - Vous avez dit qu'on retirait des droits quand même aux francophones des communes sans facilités justement.

DT : - En fait c'est probablement l'élément le plus important du débat, c'est qu'à un certain moment il faut se poser la question de savoir si on a envie de négocier et quand on négocie on sait qu'on doit faire des concessions, ou bien, à l'inverse, de critiquer et de n'avoir aucun mot à dire dans des négociations comme l'a fait Monsieur Maingain et donc en définitive ne rien obtenir, et donc ça c'est un choix qui m'est tout à fait personnel, je pense aller vers le consensus, la discussion, pour obtenir malgré tout quelque chose, ce qu'il y a moyen d'obtenir, plutôt que de me retrouver dans des situations où quoi qu'il arrive on peut critiquer mais on n'obtient rien.


BH : - Cela veut dire que, pour aller au fond des choses, contrairement à ce qu'étaient vos convictions, en tout cas les convictions du FDF, vous croyez à la pacification communautaire à travers la sixième réforme de l'État ? Parce que ça c'est le point de vue de la majorité et des signataires de la réforme de l'État, c'est qu'on va aller vers une pacification communautaire. Vous y croyez vraiment ?

DT : - Il y a un certain nombre d'éléments qui pourraient nous aider dans cette direction mais je ne suis pas naïf et je pense qu'au contraire il faut rester extrêmement vigilant. Certains ont appelé à une septième réforme de l'État, maintenant je vois qu'ils font marche arrière, je dis simplement que si nous n'avions pas à un certain moment envisagé le fait que la sixième réforme de l'État était un compromis qui est issu de discussions entre francophones et néerlandophones, nous faisions la thèse des nationalistes flamands et nous courrions directement vers le séparatisme. C'est un langage que j'ai tenu en son temps au président Maingain, qu'il n'a absolument pas voulu accepter et donc je prends mes responsabilités par rapport à ça.


BH : - Le FDF était trop dur par rapport à la NVA ?

DT : - Je ne dis pas que le FDF est trop dur par rapport à la NVA parce qu'il ne faut pas être naïf non plus, on sait très bien que la NVA a des thèses qui sont extrêmement éloignées de l'intérêt de notre pays puisque la NVA est séparatiste, je dis simplement qu'il y a la manière de dire les choses et croire que le fait de ne pas vouloir discuter avec un parti quel qu'il soit va arranger les choses, à l'inverse je pense que ça fait les thèses des nationalistes.


BH : - Est-ce que, pour quelqu'un qui vient du FDF comme vous, c'est possible de siéger dans une majorité future, après les élections, si vous êtes élu, on va parler de votre avenir, où figurerait la NVA, le parti de Geert Bourgeois qui refuse votre nomination depuis j'ai oublié le nombre de jours ?

DT : - Je pense qu'on n'en est évidemment absolument pas là, il faudra voir ce que donneront les résultats au mois de mai, voir si les néerlandophones sont toujours autant attachés aux thèses nationalistes et en tout cas à la NVA donc il n'est pas question de dire " on va siéger avec tel ou tel parti ". Ce qu'il est important de dire c'est qu'autant le programme socio-économique de la NVA semble être intéressant, autant il ne faut pas être naïf une fois de plus, il faut savoir que ce programme va d'office de pair avec le programme communautaire et le séparatisme, c'est ça qu'il faut à tout prix éviter mais oser dire qu'on ne va jamais discuter avec un parti, ça c'est rejoindre un système anti-démocratique au contraire, et il ne faut probablement pas négocier sur les bases actuelles mais une discussion est obligatoire parce que sinon.


BH : - Et en même temps, au sein du MR, il y a des gens comme Jean-Luc Crucke qui espèrent vraiment voir Didier Reynders, vous l'avez cité tout à l'heure, on sait que vous êtes un proche, devenir premier ministre dans une coalition où figurerait notamment la NVA. Cela ne vous fait pas peur ça en tant qu'ancien FDF ?

DT : - Clairement il faut se rendre compte qu'on va probablement beaucoup trop loin maintenant, les thèses de la NVA telles qu'elles sont présentées maintenant sont inacceptables et donc aller dire qu'on pourrait envisager un premier ministrable à l'heure actuelle, je pense que c'est beaucoup trop tôt.


BH : - Vous êtes candidat à la Chambre pour le MR ou vous serez candidat à la Chambre pour le MR ? C'est votre souhait ?

DT : - Je tiens à rappeler qu'au moment où j'ai pris ma décision longuement réfléchie de passer au MR, je n'ai demandé aucune garantie, j'ai simplement proposé mes services et donc c'est sur base de cela que, j'imagine, on aura des discussions dans le futur mais je peux assurer.


BH : - Cela veut dire qu'on ne vous a fait aucune proposition ?

DT : - Non seulement on ne m'a fait aucune proposition mais en plus je n'ai absolument rien demandé.


BH : - Vous serez plutôt candidat à la Chambre que candidat au Brabant flamand par exemple ?

DT : - Si je dois être candidat ce sera plutôt à la Chambre.


BH : - Merci !