Jean Roba, un géant de la BD, s'en est allé (15/06/2006)

L’auteur a fait rire et rêver des millions de lecteurs de tous les âges

BRUXELLES Jean Roba, le papa de Boule et Bill, s’est éteint. Une phrase banale mais terrible de sens pour des millions de lecteurs de tous âges qui ont passé des heures penchés sur les gags des aventures de ce coquin de cocker et de son petit copain poil de carotte. Jean Roba, sa mèche blanche, ses yeux perçants et sa barbichette étincelante s’en est allé sur la pointe des pieds. En toute discrétion. Comme il a toujours vécu. En effet, malgré les vingt-cinq millions d’exemplaires vendus en un peu plus de quarante ans, Jean Roba avait su conserver une simplicité et une gentillesse exemplaires. Chaque rendez-vous avec cet homme était un moment de pur bonheur. Roba, avec sa voix de stentor, pouvait aborder tous les sujets de conversation avec un sens des réalités et une dose d’humanité fabuleux.

Au début de ce nouveau millénaire, quand était sorti le dernier opus de Boule et Bill estampillé Jean Roba (Les quatre saisons), l’homme avait pris sa décision. Les héros lui survivraient mais, lui, jetait l’éponge pour des raisons de santé. Cinq années avaient été nécessaires pour concocter cet opus qui racontait, une fois de plus, les bêtises commises par Bill le cocker et Boule le petit rouquin. “Ce qui est fou avec mes petits personnages, c’est que des millions de jeunes lecteurs ont suivi leurs péripéties pendant des années et que le passe-temps favori de Boule et de Bill c’est quand même de commettre de bêtises dans le jardin, de jouer, de s’amuser et de rentrer dans le salon pour faire d’autres gaffes. Avouez qu’il y a pire comme emploi du temps !”, s’amusait-il tout en reconnaissant qu’il n’était pas, mais alors pas du tout, insensible à cette séparation.

“Que voulez-vous, mes mains, mes seuls outils de travail, ne suivent plus”, lançait-il en montrant ses doigts qui arboraient les stigmates des innombrables heures passées devant sa table de dessin. La voix se faisait alors plus fluette. Et l’homme, pudique, préférait parler de sa volonté de voir ces petits bonshommes continuer à fasciner les jeunes générations à venir. “Évidemment que Boule et Bill sont mes personnages, mes enfants, mais, depuis le temps qu’ils donnent rendez-vous régulièrement aux lecteurs, je me dis que je n’ai pas le droit de les faire disparaître parce que je ne suis plus vraiment capable physiquement de réaliser les gags. Certains ont fait le choix inverse, moi je préfère désigner, même si cela peut paraître quelque peu prétentieux, mon successeur. C’est une chance réelle. Je sais que je les laisse entre de bonnes mains, celles de Laurent Verron. Ils nous amuseront encore !”


Hubert Leclercq