L’Espadon… tout s’explique (12/12/2014)

Énorme travail d’écriture pour cet opus qui se place en genèse de l’oeuvre de Jacobs

Cette fin d’année rime définitivement avec reprises et best-sellers. Le bâton de Plutarque, dernière livraison des aventures de Blake et Mortimer, s’inscrit parfaitement dans cette veine. Pour cette nouvelle coopération entre Yves Sente et André Juillard, les deux hommes ont placé la barre très haut en remontant à la source des héros. Un opus qui ravira les experts du monde jacobsien sans heurter les lecteurs occasionnels. Cet album est d’abord une vraie aventure qui conserve tous les codes établis par Jacobs. Lecteurs occasionnels, vous qui n’avez qu’une petite demi-heure pour déguster ces 64 pages, passez votre chemin.

Blake & Mortimer  
Un Blake et Mortimer ne se consomme pas comme une BD traditionnelle. Il se mérite. Depuis que des couples successifs se sont attelés à la tâche sur l’oeuvre d’Edgar P. Jacobs, ils se sont tous insérés dans les petits –ou plus grands– blancs laissés par le maître. Cette fois, Yves Sente, le scénariste, s’est offert le luxe de se positionner avant le premier tome des aventures qui se situe immédiatement après la Seconde Guerre mondiale. “Tout est parti d’une visite dans le QG londonien occupé par Churchill. Un endroit remarquable où tout est resté en l’état. Près de 10.000 personnes travaillaient dans cet énorme bunker. C’est là que travaillaient tous les chercheurs qui devaient décrypter les messages secrets des Allemands”, explique le scénariste.

Mais comment parler de cet endroit – et donc de la guerre – tout en s’inscrivant dans la cohérence d’une saga qui commençait après la fin de ce conflit ? “J’ai relu Le secret de l’Espadon, le premier tome de Jacobs, et j’ai remarqué qu’il y avait de la place pour un récit qui pouvait apporter certains éclairages sur certains personnages. Chez Jacobs, on voit ainsi que Blake et Mortimer se connaissent dès les premières cases. On découvre aussi qu’Olrik ne leur est pas étranger. Partant de ce constat, j’ai imaginé comment ils avaient pu se rencontrer. En plus, je savais, depuis son Mezek, qu’André se sentait à l’aise pour dessiner les avions. Je pouvais donc commencer par un grand combat aérien qui mettait directement en scène Blake.” Et c’est vrai que cet opus démarre sur les chapeaux de roue. Francis Blake démontre tout son talent de pilote et son goût pour l’aventure. Une entrée en matière qui n’aurait pas déplu à Jacobs. Le bâton de Plutarque, qui devrait encore connaître un énorme succès de librairie (on tourne sur 500.000 exemplaires), se laisse croquer comme une grande aventure d’espionnage.

C'est passionnant de bout en bout et les lecteurs un peu attentifs ou qui connaissent quelques éléments de la bibliographie de Jacobs peuvent s’amuser à trouver les clins d’oeil qui parsèment les pages. Bravo Messieurs.

Source : Hubert Leclercq

Sente – Juillard/Jacobs : Blake et Mortimer, Le bâton de Plutarque, Éd. Dargaud.