Van Hamme raconte les 30 ans de XIII avec un scoop sur Judith et Jessica (22/11/2014)

Anniversaire du plus grand aventurier belge que la bande-dessinée ait compté

  XIII
En 1984, les Belges Jean Van Hamme et William Vance échafaudaient la série de bande dessinée XIII. Vendredi, à Paris, dans le quartier de la Bastille, le héros aux 14 millions d’albums vendus a fêté ses trente de suspense avec son scénariste, Jean Van Hamme. Un sondage effectué en France par le très sérieux institut IFOP crédite le personnage d’un taux de 74 % de « notoriété positive ».

Quand il avait bouclé le premier épisode de XIII, Le jour du Soleil noir, Jean Van Hamme n’aurait jamais rêvé d’un tel plébiscite : «  Je voulais croire au succès sans trop savoir pourquoi, a déclaré l’auteur devant une salle de lecteurs toute à sa dévotion. Je crois que la réussite exceptionnelle du personnage tient à la proximité qui s’est installée avec les lecteurs. La série est devenue un jeu entre ses créateurs et ses lecteurs. A chaque nouvel album, les lecteurs se demandaient quelles grosses ficelles nous allions encore sortir de notre poche. Et comme nous connaissions cette attente, je me disais qu’il fallait que je préfère la ficelle verte à la rouge ou à la bleue ou, au contraire, puisqu’ils nous connaissaient très bien, que je prenne finalement quand même la bleue à laquelle ils pensaient que j’aurais renoncé par avance… À tout cela, il faut ajouter le talent graphique de William Vance. Moi j’étais « Mister Nobody », à l’époque. Lui, il avait déjà une vraie carrière… Le premier tome s’est vendu à 18.000 exemplaires en français et 15.000 en flamand. On a commencé modestement. Ensuite, on a accepté le succès avec humilité.  »

XIII a réinventé la BD d’action. Sa mèche de cheveux blancs trahissait un accident de mémoire provoqué par une balle dans la tête. Avec son mystérieux chiffre XIII tatoué sur la clavicule gauche, il s’est imposé comme l’amnésique le plus célèbre du 9e Art. Traqué par la National Security Agency, l’aventurier a la mort aux trousses. A-t-il assassiné le Président des États-Unis ? Quel est son rôle dans la « Conspiration des XX » ? Est-il un descendant caché des « Pilgrims », les fondateurs de la Nation américaine ? Il a fini par retrouver son identité mais pas la mémoire. En cherchant à connaître son passé, XIII ne cesse de révéler au monde la part d’ombre de l’histoire contemporaine des États-Unis.

Spin-off

Depuis 2011, Jean Van Hamme et William Vance ont confié la suite de la série au scénariste belge Yves Sente et au dessinateur russe Jouri Jigounov. Mais Jean Van Hamme supervise encore les titres de XIII Mystery, la spin-off consacrée aux personnages secondaires de l’univers de XIII, dont chaque album est réalisé par un duo d’auteurs original. Il veille à la cohérence des différents récits entre eux et à l’articulation avec la série mère.

À ce petit jeu du chat et de la souris avec les lecteurs, Jean Van Hamme avoue avoir parfois commis quelques invraisemblances de dates ou d’horaires de train et, plus fondamentalement, trois erreurs dont il a refusé de révéler la nature au public. « Je confesse une vraie erreur à propos d’un vice-président qui serait trop longue à expliquer ce soir. Pour le reste, les lecteurs cherchent toujours. Et puis il y a les erreurs amusantes provoquées parfois par la méthode de travail du dessinateur. William Vance avait l’habitude de découper d’abord l’aventure en petites cases où il mettait les bulles avec mon texte afin de voir la place qui lui restait pour le dessin. Du coup, il pouvait arriver que le décor ne colle pas. Par exemple, je me souviens d’une scène où les ennemis lancés à la poursuite de XIII disaient «  La nuit est claire, on l’aura facilement  ». Et William, qui aimait beaucoup dessiner la pluie, avait dessiné un décor sombre avec une pluie battante ! »

Certains critiques ont vu, au départ de la série, une similitude frappante avec La Mémoire dans le peau, un roman de Robert Ludlum paru en 1980. Mais Jean Van Hamme a cloué le bec aux chagrins esprits parisiens : «  Ludlum raconte de façon compliquée une histoire simple. J’ai piqué son truc quand le roman écrit en anglais n’avait pas encore été traduit en français. Mais je n’ai piqué que le point de départ du héros amnésique, puis j’ai mis le président des États-Unis dans l’aventure pour que tout ça ait un peu plus de gueule. Je suis très à l’aise là-dessus et vous pensez bien que si la ressemblance avait été flagrante, avec la puissance des Américains, XIII en serait resté là.  »

« J’écoute ma femme »

Jean Van Hamme a-t-il un secret pour signer autant de best-seller ? «  J’écris un scénario à la fois. Je fonctionne à l’excitation en écriture. J’écoute ma femme, qui se pose beaucoup de questions sur mes scénarios et n’hésite pas à me dire quand il y a un petit problème. Par exemple, quand j’ai envie de tuer un personnage, elle me dit contente-toi plutôt de l’estropier…  »

Jean van Hamme a profité de l’anniversaire de XIII pour annoncer qu’il avait écrit un dernier album dont il vient de boucler le scénario. L’histoire paraîtra dans la collection XIII Mystery. «  Elle mettra en scène deux personnages féminins de la série, Judith et Jessica. L’album sera dessiné par le Belge Olivier Grenson. Judith est mon personnage préféré, parce que ce n’est pas une de ces blondes époustouflantes dont William Vance avait le secret. C’est un personnage secondaire qui sort du lot. Elle m’a vraiment inspiré. »

L’album paraîtra en 2018 et ce sera le treizième titre de XIII Mystery.

Source : Daniel Couvreur - Le Soir 2014